La capacité d’auto-guérison du cerveau

L’ICV se base sur les mêmes données neurobiologiques ayant amené au modèle traitement adaptatif de l’information (TAI) en EMDR. Le postulat sous-jacent est que le cerveau présente des capacités spontanées à l’auto-guérison, qui sont entravées lors des processus traumatiques ou dissociatifs, et qui peuvent reprendre grâce à une intervention thérapeutique appropriée.
Les avancées de ces dernières années en neurosciences ont permis de comprendre le phénomène de la mémoire traumatique comme résultant d’un défaut d’intégration de l’expérience traumatique, qui entrave la datation de cette dernière (pour une synthèse, voir van der Kolk, 2014). Il semble que ce soit particulièrement l’hippocampe qui réalise, notamment au cours du sommeil, la tâche d’intégration spatio-temporelle des souvenirs. Lorsque ce travail d’intégration est mis en défaut, l’expérience traumatique reste non datée et déclenche le système de stress lorsqu’elle est activée.
En effet, habituellement, le fonctionnement cortical est hiérarchiquement supérieur aux fonctionnements limbique et reptilien, qu’il module. Néanmoins, face à une expérience de danger, les réactions des cerveaux reptilien et limbique vont l’emporter sur le fonctionnement cortical : les réactions réflexes de ces deux modes de fonctionnement cérébraux sont beaucoup plus rapides et efficaces face au danger que le processus cortical, d’ordre réflexif. Les réponses face au stress sont la fuite, le combat ou, au cas où ces deux réponses seraient impossibles ou inefficaces, le figement. Une fois le danger terminé, le développement d’une réaction psychopathologique dépendra de la capacité de l’individu à reprendre contrôle sur son expérience, au niveau cortical, et à intégrer que le danger est écarté. Cette reprise du contrôle cortical sur les cerveaux limbique et reptilien implique une intégration de l’expérience traumatique et l’orientation de celle-ci dans le temps (un début, un déroulement, une fin) et dans l’espace.
Faute d’avoir correctement intégré l’expérience traumatique en la situant dans l’espace et le temps, le cerveau continue de réagir comme si l’événement traumatique avait encore lieu, déclenchant une réponse de stress. La mémoire de l’expérience traumatique suscite les mêmes réactions physiologiques, émotionnelles et comportementales en cas de réactivation que la situation de menace réelle qui en est à l’origine. Par exemple, une victime d’accident de voiture peut trembler et voir son rythme cardiaque augmenter lorsqu’elle tente de reprendre le volant, même des mois après la fin de l’accident auquel elle a survécu et ce, malgré toutes les tentatives de contrôle « rationnel »/cortical qu’elle tente de mettre en œuvre.
En outre, la mémoire traumatique semble essentiellement liée à une activité de l’hémisphère droit, avec extinction de l’aire de Broca. Il s’agit d’une expérience éminemment sensorielle, corporelle, difficile à exprimer avec des mots : « Le trauma, par nature, nous amène aux limites de la compréhension, nous coupant du langage basé sur l’expérience commune ou sur un passé imaginable » (van der Kolk, 20141 ).
L’expérience traumatique représente donc un double défi en termes d’intégration : elle nécessite une intégration entre les différents niveaux cérébraux (cortical, limbique, reptilien) et entre les deux hémisphères. Or, la littérature a mis en évidence comment se développe cette capacité d’intégration à partir des expériences de régulation émotionnelle par les figures d’attachement au cours des toutes premières années de la vie.

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