Développement cérébral précoce, attachement et régulation émotionnelle

Il semble que ce soit la répétition d’expériences précoces d’apaisement physiologique face au danger qui permette au cerveau de développer ses capacités d’intégration et de reprise de contrôle cortical. Ces expériences précoces s’appuient initialement sur la co-régulation émotionnelle par les figures d’attachement à travers un attachement sécure, en particulier jusqu’à 2 ans (Schore, 2003). Ces mécanismes expliquent la corrélation entre résilience et attachement sécure.

En effet, les premières années de la vie sont une période au cours de laquelle se jouent à la fois :

un développement important au niveau cérébral, la taille du cerveau étant multipliée par trois au cours des 5 premières années de vie (Maroney, 2003) ;

le développement des zones cérébrales impliquées dans la détection et la réponse au danger, la régulation émotionnelle, l’attention, la conscience de soi, l’empathie et l’identification à autrui (Schore, 2003 ; Siegel, 2012), en particulier dans l’hémisphère droit qui se développe beaucoup au cours de cette période, bien avant l’hémisphère gauche ;

les premières expériences d’attachement (Bowlby, 1969) permettant la mise en place d’un style d’attachement (sécure ou non).

Au cours de cette période cruciale du développement cérébral, l’expérience a un impact sur la structuration cérébrale elle-même : « states become traits », selon l’expression consacrée de Perry et al., 1995. Le caractère décisif de cette période développementale a également été testé de manière expérimentale chez l’animal. Les études portant sur l’impact des ruptures d’attachement sur la régulation émotionnelle de différents mammifères sont nombreuses et variées. Par exemple, chez le rat, l’intensité du léchage maternel au cours des 12 premières heures de vie affecte de manière permanente la réaction chimique cérébrale au stress : les rats ayant le moins bénéficié de ce léchage présentent plus de comportements peureux, produisent plus d’hormones de stress et se rétablissent moins bien après une maladie que les rats ayant bénéficié d’un léchage plus long, et cet effet dure sur l’échelle de leur vie (Fish et al., 2004). Cowan et al., 2013 ont également mis en évidence une augmentation de la peur chez les rats déprivés de leur mère pendant 24h à l’âge de 9jours, période qui serait critique pour le développement cérébral chez les rats.

Chez l’être humain, depuis les travaux de Spitz, 1945, les études portant sur le devenir de bébés déprivés émotionnellement ou traumatisés confirment l’importance du bon développement cérébral au cours de la période préverbale pour la régulation émotionnelle ultérieure. Ces études mettent notamment en évidence une fréquence accrue des troubles anxieux et des troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité chez les sujets ayant rencontré des épreuves traumatiques au cours de leur développement précoce, soit avant l’âge de 2–3 ans (Glover, 2011 ; Johnson et Marlow, 2011 ; Maroney, 2003 ; Somhovd et al., 2012). Par exemple, dans le cas de la prématurité, qui implique de multiples interventions médicales quotidiennes, le plus souvent douloureuses et à fort potentiel traumatique, les études longitudinales indiquent une plus grande prévalence de troubles anxieux, de TDAH et de troubles du spectre autistique, durant l’enfance et à l’âge adulte, que chez des enfants nés à terme (Johnson et Marlow, 2011 ; Maroney, 2003 ; Page, 2004 ; Somhovd et al., 2012).

Les processus précoces d’intégration de l’expérience, en particulier traumatique, s’appuient sur l’expérience d’apaisement régulier apporté par une relation sécure à une figure d’attachement et permettent la construction d’un Soi solide, qui va peu à peu affranchir le tout-petit de sa dépendance à sa figure attachement pour sa régulation émotionnelle.

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